Orbite basse : la clé pour connecter les zones blanches depuis l’espace
Imaginez un village alpin ou une base scientifique en Antarctique : aucune antenne 4G, aucun câble en fibre optique. Pourtant, un minuscule satellite survole ces « zones blanches » à 500 km d’altitude et transmet des données en temps réel. Bienvenue dans l’ère de l’orbite basse (LEO), cette bande de l’espace comprise entre 160 et 2 000 km qui redessine la carte mondiale de la connectivité.
Pourquoi l’orbite basse change la donne
Contrairement aux satellites géostationnaires à 36 000 km, les nano-satellites LEO ne mettent que quelques minutes à faire le tour de la Terre. Cette proximité offre deux avantages majeurs :
- Un délai de latence divisé par dix (20 ms contre 200 ms), idéal pour la voix sur IP ou le cloud.
- Un gain de puissance de réception qui autorise des terminaux compacts et moins énergivores.
Résultat : une fusée emporte en un seul lancement une constellation de 40 à 60 satellites qui, une fois positionnés, créent un maillage capable de relayer autant de données qu’un câble sous-marin.
Des contraintes techniques à prendre au sérieux
Piloter un satellite LEO, ce n’est pas poser une « box internet » dans l’espace. Les défis sont multiples :
- Energie : avec une orbite qui entre dans l’ombre de la Terre toutes les 90 minutes, les panneaux solaires doivent recharger des batteries lithium-ion en 45 minutes seulement.
- Poids : chaque gramme coûte environ 20 000 € lors du lancement. Inutile donc d’emporter des antennes paraboliques géantes ; on préfère des réseaux phased-array imprimés sur circuit.
- Atmosphère résiduelle : même à 400 km, quelques molécules freinent le satellite. Il faut donc de l’ergol pour maintenir l’altitude et éviter le retourage destructeur dans l’atmosphère.
Un soutien critique pour la fibre et le mobile
Sur Terre, la fibre ne passe pas partout. En mer, dans le désert ou après une catastrophe naturelle, les opérateurs mobiles activent des stations de base « back-haulées » par LEO. Le trafic 5G transitant alors dans l’espace avant de rejoindre un data-center… sans câble. C’est ce qui s’est passé en janvier 2023 après le séisme en Turquie : Starlink et OneWeb ont fourni en 24 h des centaines de terminaux reliés à leur constellation, rétablissant communications d’urgence et coordonnées GPS pour les équipes de secours.
Quel impact pour les entreprises françaises ?
Le CNES estime que 7 % du territoire métropolitain est encore en zone blanche 4G. Les collectivités testent donc des partenariats public-privé :
- La région Occitanie finance 300 antennes rurales raccordées à Eutelsat OneWeb.
- Le Département des Alpes-Maritimes expérimente un « Satellite-to-5G » pour les stations de sports d’hiver.
Au-delà de la couverture, ces projets créent des débouchés pour les PME françaises spécialisées en radiofréquences, propulsion électrique et cybersécurité spatiale.
Et demain ? Avec 50 000 satellites LEO attendus d’ici 2030 (contre 8 000 actuellement), la réglementation internationale devra gérer le risque d’encombrement orbital, tandis que les opérateurs joueront sur la baisse des prix des terminaux pour conquérir les 3 milliards d’humains encore hors ligne.
À vous la parole : pensez-vous que l’orbite basse deviendra aussi banale que la 4G, ou restera-t-elle un outil de secours ponctuel ? Partagez votre avis en commentaire !
Source originale : Orbite basse : des liens réseau disponibles dans l’espace – LeMagIT